Samedi 2 août 2008
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13:27
A la fin des années soixante dix et durant les années quatre vingts, deux amis créent et animent un groupe d'art à Gorbio, un village des alpes maritimes, c'est le
Groupe d'Art Vespasien Expérimental. Dans ce blog ils racontent la vie du GAVE....
Si on vous le dit ....
Par le gave
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Dimanche 3 août 2008
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10:02
Ce village que les touristes, ces benêts du nord et de Paris, trouvaient JôôôLi n’était qu’un tas de maisons humides à l'enduit pourri, parcouru
de ruelles étroites puant la merde et la pisse des chiens, trois fontaines y coulaient encore généreusement et tentaient de mettre un air de poésie champêtre à ce tas de fumier grisâtre et ocre
ratatiné sur un bloc de calcaire parsemé d'oliviers centenaires et de rancoeurs paysannes. Le PARADIS quoi....GORBIO, Riviera, Côte d’azur, Pais Nissart, Volem Viure Au Païs etc…
Papa était né là. Pépé que j'appellerai quand la mode underground sera à l'autonomie de l'Occitanie : Païgran, y était né aussi, et y vivait sa retraite en
chantonnant des airs d'opéras, de ballets et d'opérettes car il avait été toute sa vie assistant décorateur à l’opéra de Monaco.
Je m’appelle Patrick Toucui et mon copain s’appelle Frédéric Sébon. Nous sommes devenus amis en 1977 quand le père de Frédéric est devenu premier adjoint au Maire
de l’époque A. Bourde (paix à son âme).
Un soir d’élection municipale, je discutais de politique gauchiste en face de la Mairie avec son cousin au troisième degré
Alain Petizieu.
A cette époque je digérais ma première dépression suite à la mort de mon père. Mais ça... que c’était une dépression, je ne l’ai su que bien plus tard.
A ce moment là j’étais en rupture de "banc" comme on dit: j’avais arrêté mes études d’Art à Nice à la Villa Thiole et j’étais allé vivre chez mon grand père (celui
qui aime l’opéra). Il passait solitaire, sa retraite à Gorbio, en vivant comme un paysan du siècle passé : agriculture, élevage et vin mais en petite quantité (sauf le vin). Gloire à toi Auguste,
il s’appelait comme ça. Mais comme ce prénom d’Empereur Romain ne convenait pas aux Gorbarins, ils l’appelaient avec leur bon goût atavique : Gusto (prononcer Guchchchtou).
Je m’égare...
... Donc nous étions assis sur un banc de pierres lissées par des dynasties entières de Gorbarins quand Frédéric est venu vers nous et maladroitement nous a dit
« C’est bien ce que vous dites…J’aime bien… je suis d’accord… » Pauvre petit Frédéric, nous avons tout de suite pensé que ce petit bourgeois dont le père venait de se faire élire par ce tas
de réactionnaires, était venu nous espionner.
Nous changeâmes de conversation et il partit bientôt se coucher car il n’avait que la permission de minuit, (après tout il n’avait que 15 ans) et aujourd’hui je
suis bien plus sévère avec mes propres enfants...
Par le gave
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Mardi 5 août 2008
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23:28
Après des jours ( ou peut-ëtre des mois) d'approche nous avions constaté que :
Nous écoutions en boucle du progressive rock, du jazz rock, du celtic, de l'occitan.
Nous écoutions Férré, Brassens , Leforestier, Lavilliers aussi....
Nous écoutions un con un peu vieux ou bien un vieux un peu con nous faire une morale de bourbeux trempé au pastis pendant que nous sirotions de la limonade entre deux mouches et un
flipper.
Nous sirotions le vin de Paîgran en riant.
Et sa gnole aussi.
En riant aussi.
Nous lisions : Actuel, Libé, Rouge, Hara Kiri, Fluide Glacial, Pilote, Métal Hurlant, La gueule ouverte, Charlie Hebdo, France Dimanche, Ici Paris, Nice Matin….Enfin pas tous les jours et souvent
qu’une fois par mois et pas tous…
Nous lisions les classiques zobligatoires, Boris Vian, Lautréamont, Breton, et les moins zobligatoires Perry, Sade, Virgile, Zebonux, Erbain…
Et puis nous ne lisions pas tous les autres parce que c’était fatiguant, trop cher, et que la blibliothèque était loin…
Nous ne mangions que très peu de pizzas.
Nous parlions de politique.
On se marrait.
On était sérieux comme des Papes et habillés comme des Babas Cool.
Mais personne ne nous prenez au sérieux même quand on a mis les drapeaux de la République dans les poubelles pour le 14 Juillet.
On dessinait et on écrivait des poèmes.
On croyait que le monde serait meilleur demain.
Mais deux ans après on savait que ça n’arriverait pas et...
Et puis il y avait deux filles qui... que...
Par le gave
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Mercredi 6 août 2008
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20:24
De mémoire familiale, ma première œuvre d’art fût une peinture ou plutôt une croûte : J’avais, durant la sieste, tartiné la tapisserie au-dessus de mon lit de mon
caca.
Il fallut changer la tapisserie. Si bien que je n’ai pu conservé cette étape fondamentale de mon parcours artistique.
Personne à cette époque n’y vit une prédisposition évidente pour l’Art.
Nous étions en 1962 et Manzoni était inconnu du grand public.
Qui plus est, mes parents étaient instituteurs, ce qui suit explique cela.
Ce n’est que vers la fin du siècle qu’à l’Education Nationale, quelques idéalistes, tentèrent d’insérer dans le bagage des hussards de la république, des notions d’art
contemporain. (Malheureusement sans grand succès. Mais cela semble souhaité...).
Aussi loin que j’essaie de remonter dans ma mémoire usée par un peu d'alcool, de drogue (en dessous d'un certain tarif pour moi prohibitif tout est vraiment
dégueulasse et finalement dissuasif) et surtout le TRAVAIL OBLIGATOIRE.
Mais revigorée par l’amour, le sexe, et la POESIE.
La manipulation de matériaux à des fins diverses et variées a constitué l’une de mes principales activités.
Chez mes grand parents, au temps béni de mon enfance à Gorbio.
Epoque où tout le monde sentait la sueur et où toutes les aisselles étaient goulument poilues.
Fils unique et chéri, je ne pouvais que dispenser des trésors d'imagination afin que les journées s'écoulassent. Il est vrai que je pouvais toujours aller chercher de
la compagnie auprès des enfants du village, mais comme le chef de bande, plus, agé que moi ne proposait que des jeux où les petits étaient cognés diversement mais violement, cela me rendit
solitaire, méfiant et rapide à la course en zig zag à travers les potagers.....
Je disposais de lieux divers (cave à vin, fenil, terrasse sous tonnelle, placard sous l'escalier, cabanon des vignes, bassin d'irrigation, arbres centenaires...)
pour réaliser des expériences à partir de toutes sortes de matières, d’objets et de produits, trouvés dans la rue et la nature, ou subtilisés dans les placards : terre, plastique, châtaignes,
escargots, olives, alcool, prunes pourries, mégots de cigarettes, vieux jouets, sulfate de fer, os, déjections diverses de nos animaux et animaux eux mêmes…(du moins ce qu’il en restaient, après
être passés dans les mains de ma grand mère ou les griffes des chats).
Par le gave
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Samedi 9 août 2008
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19:36
J'ai toujours été myope. Les autres s'en sont aperçus quand j'étais en CE2 et que l'institutrice dessinait des choses abstraites sur
le tableau qui après correction m'apparurent des lettres, des mots, des chiffres et même des images...
D'être myope ça m'a rapproché des feuilles de papier, des livres d'images, du dictionnaire, en fait de tout ce qui mettait le monde à portée de mes yeux en clair, net et précis.
Cela m'a fait dessiner précisement, parce que les myopes voient vachement bien de près.
En CM1 un nouvel élève, venant de quelque part au dessus de Valence,a débarqué dans ma classe. Il dessinait les mains des personnages comme des mouffles, mais c'était les plus belles mains de
personnages que personne (pas même moi) n'avait dessiné dans cette classe double (CM1 et CM2 mélangé, en ville près de Monaco) . Cette façon de dessiner les mains lui valait un 10/10 à tous
les dessins de récitation et les miennes : Toucui tu as : 8/10... j'étais détrôné !
A la fin de la semaine je dessinais des mains-mouffles aussi bien que le nouveau. Je lui avais montré pour les arbres un truc que j'avais appris de ma mère et qui faisait des cerisiers
remarquables......
Puis dans mon quartier (considérait par les bourgeois monégasques comme très craignos, mais en fait très populaire, typique et chaleureux) il y avait un vieux tourneur sur bois qui nous
fabriquait, à nous les pichouns, des pistolets, des arbalètes en bois et pour Noël et les fêtes des mères et pères des vases, des aiguières, des mortiers et pilons en bois d'oliviers et décorés à
la gouge d'un motif floral simple mais efficace.
J'avais alors fabriqué pour mon frère, mes cousins et moi des fusils et des carabines avec des tuyaux de fer, des planches taillées, du chaterton et du fil de fer. C'est, armés de ces
terribles pétoires, dont le canon trés long n'était pas homologué, que nous montions poursuivre notre guerre le samedi à Gorbio sur les terres (minuscules..) de mon grand père.... "Hey
Jo... t'aurais pas du me tirer dessus Jo.... T'es foutu Jo...."
Par le gave
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